Le guide ultime pour commencer votre podcast

Auteur : ilone

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Les podcasts sont de plus en plus nombreux de nos jours. L’id√©e est de pouvoir parler librement de ce que l’on souhaite et de diffuser le contenu sur Internet. J’ai d√©cid√© de lancer le mien pour passer de bons moments avec mes invit√©s et faire rire les auditeurs, lancer un projet personnel, m’int√©resser au mat√©riel du son et am√©liorer mon aisance √† l’oral. Nombre de personnes sont tent√©es de commencer leur propre podcast car cela ne n√©cessite pas √©norm√©ment d’investissement. Pourtant, il faut quand m√™me conna√ģtre quelques notions de base. Avant de me lancer dans un nouveau domaine j’aime apprendre et comprendre par moi-m√™me comment il fonctionne et ne pas juste suivre les tendances. Quand j’ai commenc√© √† chercher des r√©ponses √† mes questions, j’avais du mal √† trouver du contenu r√©ellement pr√©cis, c’est la raison pour laquelle j’ai d√©cid√© d’√©crire cet article, en esp√©rant qu’il puisse vous aider au maximum. Si on rentre dans les d√©tails techniques, √ßa peut vite devenir tr√®s complexe et ce n’est pas mon but ici. N√©anmoins si vous √™tes vraiment int√©ress√© par le sujet je mets quelques liens vers des ressources techniques pointues en fin d’article. Je mets aussi un petit glossaire de certains termes qui me paraissent importants √† conna√ģtre. M√™me si vous pouvez assez facilement √©voluer vers le “plus”, r√©fl√©chissez au nombre de personnes qui interviendront simultan√©ment dans une √©mission. J’ai fait le choix d’avoir maximum 4 invit√©s, ce qui complique pas mal les choses. Cet article est donc plut√īt destin√© √† ceux qui souhaitent inviter plusieurs personnes en m√™me temps. Si vous √™tes dans le m√™me cas que moi et que vous aimez comprendre des choses, cet article devrait vous int√©resser.

Pour structurer l’article je vais suivre la cha√ģne du son.

La Voix

Tout commence avec votre voix. Lorsque vous parlez, vos cordes vocales se mettent en mouvement ce qui fait vibrer l’air. La r√©sultante est une onde sonore qui se propage dans toutes les directions √† environ 340m/s. On peut mod√©liser l’onde par une courbe de fr√©quence qui ressemble √† ceci :

Représentation graphique de la fréquence

De plus, on peut relier la fr√©quence √† la p√©riode de l’onde via la formule f=1/T o√Ļ f repr√©sente la fr√©quence en Hz et T la p√©riode de l’onde. La p√©riode est l’intervalle de temps d’un seul motif √©l√©mentaire. Plus la fr√©quence est √©lev√©e (p√©riode courte) et plus le son sera aigu, √† l’inverse une fr√©quence basse (p√©riode longue) produira un son grave. Donc quand on parle de “hauts” on parle en r√©alit√© des aigus et quand on dit “dans les bas” ou “des basses” il s’agit des graves. Entre les aigus et les graves on retrouve les m√©diums. C’est principalement dans cette gamme de fr√©quences que se situe la voix. On peut diviser les m√©diums en bas-m√©diums et en hauts-m√©diums.

Le microphone

Il nous faut maintenant un dispositif pour capter la voix √©mise. Nos oreilles sont un bon exemple de capteur. Dans celle-ci se trouve le tympan, une fine membrane qui vibre en fonction des fr√©quences pr√©sentes dans l’air avoisinant. Comme chaque fr√©quence est unique, le tympan vibre de mani√®re unique en fonction de l’onde qu’il re√ßoit. Il envoie alors un signal √©lectrique via les nerfs √† notre cerveau qui interpr√®te le signal en son. La gamme de fr√©quence audible par l’oreille humaine se situe entre 16Hz et 20kHz et varie un petit peu (surtout dans les aigus) selon l’√Ęge.

Un micro fonctionne globalement de la m√™me mani√®re que notre oreille. Il comporte une membrane qui vibre sous l’effet des ondes et son transducteur transforme cette vibration en signal √©lectrique alors envoy√© √† travers des c√Ębles jusqu’au dispositif enregistreur. Il existe plusieurs types de micros. Dynamique, √† ruban, statique, st√©r√©o, de contact, √† effet de surface… Les deux principales cat√©gories sont les micros dynamiques et les micros statiques.

Le micro dynamique

C’est le micro que tout le monde conna√ģt, utilis√© sur sc√®ne dans les concerts, √† la t√©l√© ou dehors par les journalistes. L’avantage de ce type de micro est sa robustesse, son prix et sa facilit√© d’utilisation. Le micro dynamique s’utilise aussi √† la radio et donc en podcast. Apr√®s avoir d√©but√© avec un micro statique puis un dynamique, je vous conseille vivement d’acheter uniquement des micros dynamiques. Notamment si vous faites un podcast √† plusieurs et/ou dans un environnement non insonoris√©. Ils sont par contre limit√©s dans les aigus.

Le micro statique

Le micro statique se divise en plusieurs types. A √©lectret, √† lampe, √† transistor, √† grande ou petite membrane. Ce type de micro est principalement utilis√© en studio d’enregistrement du fait de sa grande sensibilit√©. Qui dit sensibilit√© plus √©lev√©e dit sensible aux bruits parasites. Un micro statique est donc destin√© √† un environnement calme et insonoris√© comme un studio, sinon il captera tous les petits bruits. Selon moi, la seule raison d’utiliser un micro statique pour un podcast est si vous √™tes seul √† parler. Si vous utilisez plusieurs micros statiques en m√™me temps pour un podcast, c’est la gal√®re au montage. Il y a plein de petites subtilit√©s que je n’aborderai pas ici.

Indépendamment du type, chaque micro présente des caractéristiques intrinsèques. Les plus importantes seront :

  • sa sensibilit√©, donn√©e en mV/Pa ou en dB. Elle d√©finit la valeur de courant √©mise par le micro. Si elle est sup√©rieure √† 8 mV/Pa, vous ne devriez pas avoir de probl√®me. Sinon, vous trouverez plus d’infos dans le prochain paragraphe.
  • sa directivit√©, qui indique comment le micro capte les sons. On retrouve le cardio√Įde et ses d√©riv√©s √©largi, super et hyper, l’omnidirectionnel et le bidirectionnel. Pour un podcast, privil√©giez le cardio√Įde. Il captera bien votre voix et beaucoup moins celle des autres interlocuteurs s’ils sont situ√©s derri√®re votre micro, ce qui facilite le montage.
Directivité du micro Podmic
  • son imp√©dance, c’est-√†-dire la capacit√© du micro √† s’opposer au passage du courant √©lectrique. Un bon micro a une imp√©dance inf√©rieure √† 1 kOhm. Id√©alement, l’imp√©dance d’entr√©e de votre carte son devrait √™tre au moins deux fois sup√©rieure √† celle du micro. Avec du mat√©riel de bonne qualit√© m√™me en entr√©e de gamme, cette condition est souvent respect√©e.
  • sa courbe de r√©ponse en fr√©quence qui renseigne sur la gamme de fr√©quence que le micro peut enregistrer. C’est ce qui rend chaque micro unique. Une analogie int√©ressante serait l’objectif d’une cam√©ra. Lorsque vous changez l’objectif c’est comme si vous aviez une autre cam√©ra. La courbe n’est pas parfaitement plate, elle pr√©sente des bosses et des creux en fonction des fr√©quences mises en avant ou en retrait. Th√©oriquement cela est cens√© nous aiguiller dans le choix du micro en fonction de l’application voulue mais ces courbes de r√©ponse en fr√©quence sont rarement fiables car les constructeurs masquent les imperfections et ne donnent pas de d√©tails sur les conditions dans lesquelles ont √©t√© r√©alis√©s leurs tests. Il est pr√©f√©rable d’√©couter un micro avant de l’acheter m√™me si je suis conscient que ce n’est pas toujours possible. Courbe de r√©ponse en fr√©quence du Podmic

Voici un exemple de caract√©ristiques que vous retrouvez pour un micro (ici il s’agit du RODE Podmic que j’utilise) :

Caractéristiques RODE Podmic

Pensez √† ajouter un filtre anti-pop ou une bonnette. Cet accessoire permet de r√©duire les plosives, c’est-√†-dire les forts d√©placements d’air provoqu√©s par les consonnes telles que “p”, “b” ou “t”. Ces plosives saturent la membrane du micro ce qui se traduit par un son d√©sagr√©able. Il existe donc 2 solutions qui ont chacune leurs avantages et inconv√©nients. Le filtre pop est constitu√© d’une fine gaze tendue sur un support circulaire. Si vous √™tes adeptes du DIY vous pouvez en fabriquer vous-m√™me avec un collant. Vous trouverez plusieurs tutos sur Internet. L’inconv√©nient du filtre pop est de masquer la vue de l’interlocuteur ce qui est vite √©nervant.

La mousse qui compose une bonnette est constitu√©e de milliers de petits trous qui absorbent et diffusent le flux d’air avant d’arriver sur la membrane. Avec certaines bonnettes, les aigus sont att√©nu√©s ce qui rend un son plus “chaud” donc chaleureux et t√©nu mais ce n’est pas forc√©ment un effet d√©sir√©. La bonnette est plut√īt utilis√©e en ext√©rieur pour pallier au bruit du vent dans le micro mais on la retrouve dans les studios de radio et donc pour les podcasts. Ce n’est pas toujours esth√©tique mais cela permet aussi de prot√©ger le micro des petites agressions comme les postillons ou la poussi√®re et des petits bruits de la pi√®ce. La mousse a tendance √† se d√©t√©riorer au fil du temps et √† se salir. Il faut donc la laver de temps en temps ou la changer.

micro sans la bonnette micro avec la bonnette

Comment placer son micro ?

Pour obtenir le meilleur son possible, 2 crit√®res ind√©pendants du mat√©riel sont primordiaux. Premi√®rement il s’agit de l’acoustique de la pi√®ce dans laquelle vous enregistrez. Evitez les endroits qui r√©sonnent, typiquement une v√©randa car le verre r√©fl√©chit les ondes. Si vous avez le budget, investissez dans des panneaux acoustiques en mousse. Il en existe plusieurs sortes mais le principe reste le m√™me : absorber le son pour √©viter qu’il ne rebondisse. Ces panneaux doivent √™tre plac√©s de mani√®re strat√©gique pour assurer un fonctionnement optimal. Le placement acoustique dans l’espace est un domaine vaste et je vous invite √† consulter le livre cit√© en fin d’article pour en savoir plus.

Deuxi√®mement, adaptez la distance bouche-micro. Si vous √™tes trop loin (50cm par exemple) on ne vous entendra pas correctement. Si au contraire vous √™tes trop proche, avec la bouche quasiment coll√©e au micro, appara√ģt le ph√©nom√®ne de proximit√©. Les graves sont alors amplifi√©s ce qui peut √™tre g√™nant √† l’√©coute. De plus, selon la loi de la diminution d’intensit√© sonore en fonction de la distance, la variation de volume sera tr√®s importante d√®s lors que vous bougerez ne serait-ce que d’un centim√®tre. On voit pourtant beaucoup d’artistes chanter ou parler tr√®s proche du micro, le plus souvent il s’agit d’une erreur.

Malgr√© ce que vous pourrez voir ou entendre, la bonne distance bouche-micro est donc comprise entre 10 et 20 cm et vous pouvez m√™me d√©caler l√©g√®rement l’axe du micro de quelques centim√®tres pour √©viter que le flux d’air arrivant dessus ne soit trop important. A coupler avec ou sans filtre pop.

Le préampli micro

Un pr√©ampli sert √† amplifier le signal envoy√© par le micro car ce signal brut est trop faible. On modifie la valeur d’amplification gr√Ęce au potentiom√®tre du gain. Plus le gain est √©lev√©, plus l’amplification sera forte. Attention √† ne pas mettre trop de gain sous peine d’obtenir un son satur√© (clipping) ! Si la sensibilit√© de votre micro est faible (c’est le cas avec un microphone dynamique) il faut beaucoup amplifier le signal pour qu’il soit audible. Il faut donc beaucoup de gain, aux alentours de 60 dB. Les pr√©ampli int√©gr√©s aux cartes son ont des qualit√©s tr√®s variables en fonction du prix. Pour avoir suffisamment de gain il faut souvent mettre le prix. Renseignez-vous sur la qualit√© et la quantit√© de gain fournie par les pr√©ampli de votre carte son avant de l’acheter. Une des solutions consiste √† acheter s√©par√©ment un pr√©ampli micro externe permettant de booster le gain total disponible en lui ajoutant environ 30 dB. Il existe √† ma connaissance 2 types de (petits) pr√©ampli externes. Le Cloudlifter (aux alentours de 160‚ā¨) et le FetHead (68‚ā¨). Si vous avez 4 micros, le surplus de budget engendr√© par des Cloudlifter ou des FetHead peut vite √™tre probl√©matique. A moins d’avoir vraiment de tr√®s faibles pr√©ampli int√©gr√©s √† la carte son et de vouloir enregistrer de l’ASMR, je ne vous conseille pas d’acheter un FetHead ou Cloudlifter. Poussez plut√īt le gain de votre carte son √† fond jusqu’√† obtenir un signal convenablement audible. En raison des lois de la physique, chaque appareil √©lectronique √©met un bruit propre en raison de ses composants internes. Quand un appareil est de bonne qualit√©, ce bruit est faible. Lorsque l’on pousse les composants dans leurs retranchements, ils atteignent leur limite et le bruit devient g√™nant. Le SNR (Signal Noise Ratio) est donn√© en dB et indique le volume d’entr√©e (votre voix en l’occurrence) √† partir duquel le bruit propre de l’appareil est couvert. Tr√®s faible en dessous de 10 dBA, faible en dessous de 14 dBA et fort √† 20 dBA. C’est la raison pour laquelle plus vous parlez fort plus vous allez couvrir le bruit g√©n√©r√© par le pr√©ampli. Vous retrouverez une vid√©o explicative (en anglais) en fin d’article.

Le pied de micro

Il est impensable de tenir votre micro √† la main. A moins d’√™tre dehors, il vous faudra obligatoirement un support pour le maintenir. Vous avez 2 possibilit√©s. Le pied/socle de table et le bras articul√©. J’ai opt√© pour des socles que je pose sur la table car c’est moins cher, plus facile √† transporter et moins g√™nant visuellement. Encore une fois tout d√©pend de votre utilisation. Dans tous les cas je vous conseille de prendre du mat√©riel de qualit√© pour √©viter les mauvaises surprises. Un socle doit avoir une base lourde pour √™tre stable. La tige peut √™tre r√©glable en hauteur pour approcher ou √©loigner le micro de la bouche. Le filetage doit √™tre de bonne qualit√©. Un bras doit aussi √™tre de bonne qualit√© et pouvoir tenir longtemps sa position m√™me si le micro est lourd. Les vis de serrage doivent √™tres solides. Le syst√®me de fixation au bureau doit √©galement √™tre analys√© sous peine de voir votre micro par terre.

Les c√Ębles

Attention √† la qualit√© de vos c√Ębles. Si vous essayez d’√©conomiser du budget en prenant les c√Ębles les moins chers, vous risquez d’avoir des surprises. Un mauvais c√Ęble se d√©t√©riore vite et peut √©mettre des craquements tr√®s d√©sagr√©ables lors de l’enregistrement. Si vous √™tes motiv√©, vous pouvez aussi fabriquer vos propres c√Ębles en achetant s√©par√©ment les connecteurs et les c√Ębles au m√®tre. Mais je ne peut pas vous aiguiller sur ce point.

Un autre aspect des c√Ębles est la diff√©rence entre sym√©trique (st√©r√©o) et asym√©trique (mono) (Balanced/Unbalanced en anglais). Un c√Ęble TRS (Tip, Ring, Sleeve) ou XLR (Xternal Live Return) sont des c√Ębles sym√©triques tandis que les c√Ębles TS (Tip, Sleeve) et RCA (ou cinch) sont asym√©triques. Sans rentrer dans les d√©tails des masses, points chauds ou froids, les c√Ębles sym√©triques permettent d’√©liminer les interf√©rences dues √† une grande longueur ou √† des perturbateurs √©lectriques.

Veillez juste √† bien connecter des c√Ębles st√©r√©o dans des prises st√©r√©o et inversement. Pour passer de l’un √† l’autre, il vous faudra une DI-box ou Bo√ģte de direct. A priori aucune utilit√© pour un podcast.

La carte son

La carte son est le centre n√©vralgique de toute votre installation. C’est le hub. Elle permet de relier vos micros et vos casques √† votre ordinateur pour que tout ce petit monde communique correctement. Une carte son prend donc la forme d’une “bo√ģte” avec des prises d’entr√©es et de sorties (le nombre d’I/O est un crit√®re principal !), des potentiom√®tres et autres commutateurs. Il existe de nombreux mod√®les de cartes son. Vous devez choisir en fonction du nombre d’entr√©es micros et de la qualit√© globale de la carte. Si vous comptez faire un podcast √† 2, vous trouverez facilement des mod√®les de bonne qualit√© pour pas trop cher √† 2 entr√©es XLR. Si au contraire, vous voulez √™tre 4 ou plus, le prix augmente assez vite. Sur la carte son on retrouve (liste non exhaustive) : des entr√©es micros au format XLR, des entr√©es Line au format Jack 6.35 (le gros Jack, pas celui de votre t√©l√©phone), une sortie casque, une sortie principale qui permet de connecter des enceintes de monitoring pour le mixage, une entr√©e alimentation 12 ou 24V, une alimentation fant√īme 48V pour les micros statiques √† condensateur, un bouton de Direct Monitoring, un r√©glage du gain.

Alternative 1 √† la carte son : l’enregistreur portable

La carte son n’est pas le seul moyen d’enregistrer un podcast. Vous pouvez aussi utiliser un enregistreur portable. Son principal atout est, comme son nom l’indique, sa portabilit√©. Il est petit, l√©ger, facile d’utilisation et complet. Il poss√®de m√™me un micro int√©gr√©. Pour faire des micros trottoirs c’est l’id√©al. Les deux marques leaders sont Zoom et Tascam. L’enregistreur portable permet de se passer d’ordinateur car il enregistre sur une carte SD. La miniaturisation a un prix et un Zoom H6 (4 entr√©es micro) co√Ľte plus de 300‚ā¨.

Alternative 2 à la carte son : la table de mixage

Une deuxi√®me alternative √† la carte son est la table de mixage. Elle comporte g√©n√©ralement beaucoup d’entr√©es et de sorties mais sa taille imposante et son poids ne seront pas forc√©ment pratiques. Tout d√©pend de l’endroit o√Ļ vous enregistrez.

Le retour audio : le casque

Je me suis longtemps demand√© √† quoi servaient les casques lors des enregistrements. J’ai fini par trouver la r√©ponse. Ils permettent d’avoir un retour audio de sa voix et des autres voix enregistr√©es par les micros. Au d√©but vous trouverez cela perturbant de vous entendre parler et vous n’aimerez probablement pas votre voix. C’est une question d’habitude. J’aime beaucoup le fait de se retrouver dans une sorte de bulle pendant l’enregistrement et d’entendre uniquement ma voix et celle des autres.

D’un point de vue technique, le casque poss√®de lui aussi des caract√©ristiques comme la sensibilit√©, l’imp√©dance ou la courbe de r√©ponse en fr√©quence. Les deux derni√®res sont les plus importantes. L’imp√©dance doit √™tre en accord avec le type d’appareil que vous utilisez pour √©couter. Un t√©l√©phone n’est pas en mesure de fournir une grosse quantit√© de courant, donc l’imp√©dance d’un casque ad√©quat tourne autour des 32 Ohms. Une carte son ou une table de mixage peut √† l’inverse fournir beaucoup plus de courant, choisissez une imp√©dance d’au moins 80 Ohms.

Comme pour le micro, la courbe de r√©ponse en fr√©quence indique quelles sont les fr√©quences valoris√©es ou diminu√©es par le casque. Pour la partie mixage, il faut un son le plus neutre possible, qui n’est pas “embelli” artificiellement. Cependant, si vous utilisez votre casque uniquement pour du podcast, la partie mixage est r√©duite √† l’essentiel donc vous pourrez tr√®s bien mixer avec n’importe quel casque. Ce n’est pas un choix crucial, cela d√©pend surtout de votre budget.

Le préampli casque

G√©n√©ralement, une carte son ne poss√®de qu’une seule sortie casque. Si vous branchez plus d’un micro, il vous faudra donc un pr√©ampli casque. Ce dispositif permet de brancher simultan√©ment plusieurs casques (4 la plupart du temps) sur la m√™me source. Chacun peut ensuite r√©gler individuellement le son qu’il re√ßoit dans son casque √† l’aide d’un potentiom√®tre.

Le DAW

DAW signifie Digital Audio Workstation. Il s’agit du programme lanc√© sur votre ordinateur pendant l’enregistrement et qui permet le montage et l’exportation par la suite. Il en existe des gratuits, des payants, souvent orient√©s vers une application particuli√®re (beatmaking, musique de films, musique √©lectronique…)

Vous entendrez s√Ľrement parler de Direct Monitoring et de latence. La latence correspond au d√©calage temporel entre le moment o√Ļ votre signal est capt√© par le micro et le moment o√Ļ il arrive dans vos oreilles via le casque. Sans casque il n’y a aucune latence ; vous entendez directement le son de votre voix. Cette latence est due √† plusieurs param√®tres. Premi√®rement, la conversion analogique/num√©rique au niveau de votre carte son provoque un premier d√©calage de quelques millisecondes. Ensuite votre ordinateur doit traiter le son dans le DAW. Il utilise pour cela le processeur. En fonction de la qualit√© de ce dernier, du nombre de pistes enregistr√©es simultan√©ment et des traitements que vous affectez, cela n√©cessite un temps plus ou moins long. Enfin, votre ordinateur renvoie ce signal trait√© dans la carte son, o√Ļ il est √† nouveau converti (cette fois de num√©rique vers analogique) et transmis √† votre casque via la sortie audio de la carte son, du c√Ęble et du pr√©ampli casque. Pfiou, il en faut des √©tapes ! Vous comprenez donc pourquoi vous pouvez obtenir une latence. Celle-ci est de l’ordre de quelques centaines de millisecondes mais c’est largement suffisant pour vous rendre fou. Une des mani√®res de r√©soudre le probl√®me est de diminuer la taille du buffer dans votre DAW. Essayer d’adopter une taille de buffer de 512 √©chantillons (samples) ce qui √©quivaut √† 11-12 ms de latence. Pour mieux g√©rer le probl√®me, les constructeurs de carte son ont int√©gr√© le Direct Monitoring. Pour faire simple, au lieu de faire toutes les √©tapes d√©crites plus haut, le son passe directement (d’o√Ļ le nom) du micro √† votre casque. Il n’y a donc aucune conversion puisque le signal reste en analogique. On parle aussi de Zero Latency. Vous trouverez la plupart du temps des commutateurs Direct Monitoring sur votre carte son. Sur celles un peu plus √©volu√©es, on trouvera un potentiom√®tre permettant d’affiner le r√©glage. Au lieu d’avoir un tout ou rien, vous avez la possibilit√© de mixer les 2 signaux, le brut et celui renvoy√© par votre ordinateur afin d’entendre le rendu enregistr√©.

Un micro enregistre en mono donc créez uniquement des pistes mono dans votre DAW.

Les 3M : Mixage, Mastering, Monitoring

Le mixage correspond au traitement du son et √† l’√©quilibre des niveaux des diff√©rentes pistes. En production musicale c’est un crit√®re primordial car la r√©partition des volumes des instruments est pr√©pond√©rante pour la qualit√© du morceau final. Le traitement du son inclut entre autre, un √©galisateur, un compresseur, un de-esser, noise gate ou de la reverb. En podcast, le mixage se r√©sume √† √©quilibrer le niveau de chaque voix pour √©viter les d√©s√©quilibres. On peut aussi y apporter des effets comme de la compression, de l’√©galisation ou un limiteur. Ces effets sont apport√©s par des plug-ins, de petits programmes que vous pouvez t√©l√©charger s√©par√©ment et √† utiliser dans votre DAW. Ces plug-ins simulent num√©riquement un v√©ritable appareil analogique de traitement du son. Si certains plug-ins sont payants, il en existe de nombreux gratuits qui conviendront parfaitement pour du podcast. Attention √† ne pas appliquer trop d’effets, c’est inutile pour un podcast. Avec l’exp√©rience, en fonction de votre mat√©riel et de l’effet recherch√© vous devriez trouver quels traitements appliquer. Ceci vous permet ensuite d’enregistrer un preset de vos effets dans le DAW afin de les r√©utiliser √† chaque √©pisode ce qui vous fera gagner beaucoup de temps. Je peux n√©anmoins vous conseiller d’appliquer syst√©matiquement un filtre coupe-bas (ou passe-haut c’est le m√™me ūüėČ) r√©gl√© √† environ 65 Hz pour supprimer les tr√®s basses fr√©quences qui sont √† l’origine des bruits de fond. Un √©galisateur est tr√®s pratique et permet de modifier le gain de certaines fr√©quences. Utilisez-le avec parcimonie, quelques dB suffisent. Un compresseur permet de r√©duire la gamme dynamique d’un enregistrement. La gamme dynamique (dynamic range en anglais) c’est la diff√©rence entre le niveau maximal et minimal. Apr√®s avoir r√©gl√© un seuil et un pourcentage, le compresseur r√©duit l’√©cart de niveau entre les pics ce qui homog√©n√©ise l’ensemble du spectre sonore. C’est tr√®s pratique pour √©viter qu’un rire un peu fort vous surprenne pendant l’√©coute. Rappelez-vous, le moins de traitements possibles et meilleur sera le r√©sultat.

Le mastering est un terme r√©serv√© √† la production musicale. Il s’agit de la derni√®re √©tape avant de publier un album. L’ing√©nieur du son r√©√©coute le tout et fait des ajustements entre chaque morceau pour harmoniser l’ensemble.

Le monitoring est tout simplement le contr√īle du retour audio via le casque ou des enceintes. Il permet d’√©couter l’enregistrement en direct ou pendant le mixage.

Le fichier audio final

Pour pouvoir diffuser votre podcast il faut l’exporter en fichier audio lisible par n’importe quel appareil. En effet, le fichier d’enregistrement brut de votre DAW est encombrant et n’est lisible que par ce DAW. A partir de l’enregistrement brut, vous exportez vers un format type mp3 ou wav. S’il existe diff√©rentes extensions de fichiers audio c’est que chacun comporte des diff√©rences. Les principales sont la compression num√©rique. J’ai d√©j√† parl√© de compression dans le traitement de la voix mais ce n’√©tait pas la m√™me. La compression num√©rique supprime des fr√©quences inaudibles ou indiqu√©es comme trop extr√™mes pour diminuer la taille du fichier final. On perd donc de l’information jug√©e non utile. Mais voyons comment un fichier audio num√©rique fonctionne. Le signal est enregistr√© sur forme num√©rique √† partir du DAW sur votre ordinateur. Num√©rique signifie en binaire, soit une suite de 0 et de 1. Pour convertir un signal analogique en signal num√©rique il faut plusieurs √©tapes.

La r√©solution horizontale : premi√®rement l’√©chantillonnage, c’est-√†-dire la fr√©quence √† laquelle vous allez enregistrer un point du signal analogique. Les fr√©quences d’√©chantillonnage classiques sont 44.1kHz (qualit√© CD), 48kHz (qualit√© DVD), 96kHz ou encore 192kHz. Vous obtenez donc une courbe de ce type. Plus la fr√©quence d’√©chantillonnage est √©lev√©e et plus les points seront rapproch√©s (partie droite du sch√©ma).

Audacity sample rate

La r√©solution verticale : deuxi√®mement vous avez besoin de la profondeur de bits, autrement dit, sur combien de bits vous allez coder votre signal. 8 bits signifie que vous avez 8 possibilit√©s de placer le point verticalement. Il existe aussi 16, 24 ou 32 bits. Comme vous pouvez le voir sur le sch√©ma ci-dessous, lorsque l’on code sur 8 bits, on perd de l’information car la r√©solution verticale est faible. Le signal reconstitu√© ressemblera plus √† un signal carr√© qu’une belle sinuso√Įde (partie droite du sch√©ma).

Audacity sample rate

Maintenant que vous avez √©chantillonn√© votre signal, il est devenu num√©rique. Sa qualit√© d√©pend directement de la r√©solution que vous avez choisi. Vous pouvez ensuite exporter votre signal num√©rique sous diff√©rents formats. Pour calculer la taille d’un fichier audio non compress√© en Mo :

Fr√©quence d’√©chantillonage x Profondeur de bits x Nombre de voies x Secondes

Les formats de compression les plus connus sont mp3, Ogg Vorbis, AAC, FLAC ou WAV. Certains sont lossless c’est-√†-dire sans perte (WAV, FLAC) d’autres lossy, avec pertes (mp3, AAC, Ogg Vorbis). Si on pr√©f√©rera du lossless pour de la musique, le lossy sera largement suffisant pour de la voix (podcast). Choisissez une compression mp3 de 128 kbit/s avec une fr√©quence d’√©chantillonage de 44,1 kHz sur 16 bits et la qualit√© devrait √™tre super.

La mise en ligne

Enfin la derni√®re √©tape ! Vous avez enregistr√©, mix√©, export√©, il est maintenant temps de diffuser votre podcast. Si vous voulez qu’il soit disponible sur la plupart des plateformes de podcast comme Apple Podcasts, Spotify, Overcast et j’en passe, il faut passer par un distributeur de podcast. Autrement dit, vous uploadez votre √©pisode sur une seule plateforme (celle qui host votre podcast) et c’est elle qui va s’occuper de la transmettre aux autres. La plupart de ces plateformes de diffusion sont payantes et limit√©es. Leurs versions gratuites sont encore plus limit√©es. Si vous cherchez une bonne solution gratuite je vous conseille Anchor. Tout est gratuit et illimit√©. Ils ont r√©cemment √©t√© rachet√©s par Spotify ce qui peut expliquer cette gratuit√© sans limites. Tout le processus est tr√®s simple et votre podcast sera diffus√© correctement.

Une solution compl√©mentaire consiste √† le mettre sur YouTube. Il faudra en revanche convertir votre fichier mp3 ou wav en format vid√©o c’est-√†-dire mp4 par exemple. Je vous conseille aussi de rajouter une image fixe avec le titre afin d’√©viter un √©cran noir. Pour cela, je vous recommande d’utiliser ffmpeg. C’est un programme qui s’utilise depuis le terminal de votre ordinateur donc il n’y a pas d’interface graphique. Vous devez mettre le fichier audio (mp3, wav, flac, aac…) et l’image (jpg, png, jpeg…) dans le m√™me dossier. Ouvrez ensuite le terminal et assurez-vous d’√™tre dans le bon dossier. Tapez ensuite cette ligne de commande en rempla√ßant les $1, $2 et $3 par les noms de vos fichiers.

ffmpeg -loop 1 -i $1 -i $2 -c:v libx264 -tune stillimage -c:a aac -b:a 192k -pix_fmt yuv420p -shortest "$3.mp4"

Et si vous êtes déter' vous pouvez créer un script pour éviter de retaper la ligne de commande ffmpeg à chaque fois.

#!/bin/bash
if [ $# -ne 3 ]; then
	echo -e "Usage: \t$(basename $0) image audio result_filename"
	exit 1
fi

ffmpeg -loop 1 -i $1 -i $2 -c:v libx264 -tune stillimage -c:a aac -b:a 192k -pix_fmt yuv420p -shortest "$3.mp4"

Vous pouvez ensuite mettre en ligne sur YouTube !

Mon matos

Je ne suis sponsoris√© par aucune marque et je ne tiens pas √† faire de pub mais je pense que √ßa int√©resse les lecteurs, notamment ceux qui ont envie de se lancer, de savoir quel mat√©riel j’utilise. Bien √©videmment, il s’agit d’un exemple parmi une infinit√©, vous n’√™tes pas oblig√© de prendre le m√™me, tout d√©pend de votre budget et de ce que vous voulez en faire.

  • Carte son : Behringer U-Phoria UMC404HD

  • Micros : RODE Podmic avec bonnette WS2

  • Pieds de micro : K&M 232BK

  • Casque : Beyerdynamic DT-770 Pro version 80 Ohms

  • C√Ębles Cordial : CTM et CPM pour l’XLR et CFU pour les doubles Jack 6.35

  • Preamp casque : LD System HPA4

  • Enceintes de monitoring : PreSonus Eris 3.5

  • DAW : PreSonus Studio One

Quelques définitions de termes techniques

Headroom : R√©serve de volume disponible avant d’atteindre la distorsion

Th√©or√®me de Nyquist-Shannon : Pour reconstruire parfaitement un signal (ici audio), la fr√©quence d’√©chantillonnage doit au moins √™tre le double de la largeur de bande du signal √©chantillonn√©. En th√©orie cela signifie qu’il ne faudrait jamais enregistrer en dessous de 40 kHz

Effet de proximit√© (proximity effect) : augmentation des graves et des bas-m√©diums lorsque l’on parle tr√®s proche du micro

Ecr√™tage (clipping) : Distorsion du son en raison d’un signal trop fort (plosive, cri…)

Pour en savoir plus

Le site et forum Audiofanzine et leur cha√ģne YouTube

Les cha√ģnes YouTube de Julian Krause et de Joe Gilder

Le grand livre du home studio de Franck Ernould et Denis Fortier aux éditions Dunod

Les sites d’aides de PreSonus et de Focusrite

Les docs constructeur et modes d’emploi (on y apprend plein de choses !)

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